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Nous n’avons pas l’intention de revenir sur tout ce que nous avons eu déjà l’occasion d’exposer ailleurs en ce qui concerne le rôle de l’élite intellectuelle dans les différentes circonstances que l’on peut envisager comme possibles pour un avenir plus ou moins imminent.
Nous nous bornerons donc à dire ceci : quelle que soit la façon dont s’accomplit le changement qui constitue ce qu’on peut appeler le passage d’un monde à un autre, qu’il s’agisse d’ailleurs de cycles plus ou moins étendus, ce changement, même s’il a les apparences d’une brusque rupture, n’implique jamais une discontinuité absolue, car il y a un enchaînement causal qui relie tous les cycles entre eux.
L’élite dont nous parlons, si elle parvenait à se former pendant qu’il en est temps encore, pourrait préparer le changement de telle façon qu’il se produise dans les conditions les plus favorables, et que le trouble qui l’accompagnera inévitablement soit en quelque sorte réduit au minimum ; mais, même s’il n’en est pas ainsi, elle aura toujours une autre tâche, plus importante encore, celle de contribuer à la conservation de ce qui doit survivre au monde présent et servir à l’édification du monde futur.
Il est évident qu’on ne doit pas attendre que la descente soit finie pour préparer la remontée, dès lors qu’on sait que cette remontée aura lieu nécessairement, même si l’on ne peut éviter que la descente aboutisse auparavant à quelque cataclysme ; et ainsi, dans tous les cas, le travail effectué ne sera pas perdu : il ne peut l’être quant aux bénéfices que l’élite en retirera pour elle-même, mais il ne le sera pas non plus quant à ses résultats ultérieurs pour l’ensemble de l’humanité.
La Crise du Monde Moderne, René Guénon
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